dimanche 23 août 2026

LE NOM DE MA MÈRE : HAAAA NI MATATA, "HAAAA, C'EST TERRIBLE."

Pascal Boroto livre un roman poignant au cœur du parcours d'un adolescent congolais qui va perdre sa mère et son insouciance. Les événements qu'il va vivre vont le transformer et faire de lui un combattant de la vérité.

Par Soultan TMP 

L'histoire nous plonge dans le quotidien angoissant d'un adolescent qui a perdu sa mère. On sent sa douleur, ses peurs, son asphyxie émotionnelle. Tous les membres de sa famille vivent individuellement ce vide collectif qu'elle a laissé parmi eux. Au-delà de la famille nucléaire, sa disparition est une perte pour le pays entier. Personne ne pourra remplacer Solange, même pas son fils, Pascal Boroto, qui n'arrive pas à faire le deuil de sa mère. Il la cherche partout et s'accroche à tout ce qui peut le rapprocher de Solange, qui vit encore en lui, qui vit encore dans ses articles du Souverain Libre, la Radio qu'elle a fondé avec son mari, que Boroto va rejoindre. En croyant marcher sur les pas de sa mère, il va finalement tracer sa voie. Il va répondre à son propre appel et quitter le Souverain Libre pour rejoindre une ONG où il va se confronter à des existences difficiles qu'il ignorait, à des témoignages effroyables qu'il n'imaginait pas. Il va se confronter à la cruauté humaine qui sévissait dans son pays, juste dans une autre ville, Goma.

Goma vit l'horreur de la guerre dans toutes ses formes. Viols, tueries... toutes les atrocités s'y déroulent. Peut-être pas sous les yeux de Pascal Boroto, mais il va l'entendre et même le ressentir à travers des témoignages, tous aussi effroyables les uns que les autres, que lui livrent les victimes. Il va se faire l'éponge de ces derniers aux espérances détruites par un conflit éternel qui change "de nom mais pas de visage". L'auteur met des noms, des chiffres, des dates, des villes, des massacres, nomme des groupes et énumère les causes de cette guerre, devenue sienne désormais. Au fil du récit, il cite des cas, s'insurge contre cette guerre qu'il décida de combattre, à sa façon, avec ses propres armes, avec les mots, comme sa mère avant lui. Lui qui avait compris que "l'héritage n'est pas ce qu'on reçoit. C'est ce qu'on porte, ce qu'on transforme pour que le passé ne devienne pas un tombeau". P. 91.

Et pour que les histoires des victimes ne tombent pas dans le tombeau de l'oubli, Pascal va s'engager en fondant La Voix des Oubliés, pour que les histoires des victimes soient entendues. Pour que ces histoires comptent, pour que la guerre ne porte pas que les noms de ceux qui en tirent profit, mais aussi les noms des milliers de ceux qui en souffrent. Des humains comme nous tous, qui eux aussi avaient des rêves. haaaa ni matata, "haaaa, c'est terrible."

C'est un livre que je recommande. Il est bon, précis et factuel. C'est un court récit qui a le mérite de nous renseigner sur le conflit congolais. Il se raconte à hauteur de victimes. On entend les voix de ceux qui souffrent et qui espèrent.

Je trouve que l'un des points faibles du livre se trouve au niveau du développement des personnages secondaires. La copine de Boroto, par exemple, Zany, apparaît à un moment sensible de la vie du protagoniste, où elle l'aide à faire son deuil. On nous laisse penser qu'elle va jouer un rôle clé dans le livre, mais elle disparaît subitement sans qu'on ne sache ce qui lui est arrivé. Idem pour son ami d'enfance, dont on espère voir la progression, mais qui disparaît aussi subitement que Zany. 

Édition : JC Lattès & Nei Ceda ( Afrique)

Année : 2026 

Prix : 5000 frs (version africaine)

Prix Voix d'Afrique 2026

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